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« Mon père m'a toujours conseillé de ne pas écrire de mémoires. Les rois ne se confient pas. Encore moins publiquement. Leurs secrets restent enfouis dans la pénombre des palais. Pourquoi vais-je aujourd'hui lui désobéir ? Pourquoi ai-je finalement changé d'avis ? J'ai le sentiment qu'on me vole mon histoire. »
Si après presque quarante ans de règne, Juan Carlos Ier d'Espagne prend la plume, fait rarissime en soi, c'est que son exil à Abu Dhabi, les reportages à sensation dans la presse dite people, les erreurs d'un roi qui est aussi un homme avec ses faiblesses, ont obscurci ce qui a été une réussite démocratique exemplaire.
Cette histoire est celle d'un pays, dirigé par un général austère, partisan d'une autocratie militarisée et catholique, Francisco Franco, qui choisit au mépris de la règle dynastique de succession, un jeune prince inexpérimenté pour lui succéder. C'est celle de ce monarque qui fera basculer une Espagne en noir et blanc en un état moderne, démocratique, prospère et coloré.
De Giscard d'Estaing à sa cousine, la reine Elizabeth II du Royaume-Uni, de Nelson Mandela aux Bush père et fils, ces mémoires riches en images fortes et en anecdotes savoureuses voient revivre ce Roi Lear que ne visite plus son fils, le roi Felipe VI, et qui, le crépuscule venant, pense comme tout un chacun à sa terre aimée.
Il ne cache rien de ses regrets, et parle comme quelqu'un qui sait qu'il n'a plus beaucoup de temps, à coeur ouvert. -
Dans Décolonisations africaines, adapté du podcast de France Inter, Pierre Haski nous invite à (re)découvrir les personnages historiques qui ont marqué l'Afrique lors des indépendances.
Accompagné d'experts, et en premier lieu de l'historien Pap Ndiaye, il retrace entre autres les destins du syndicaliste Sékou Touré en Guinée, « l'homme qui a dit «non» à De Gaulle », de Patrice Lumumba au Congo, martyr des indépendances, de Léopold Sédar Senghor au Sénégal, penseur de la Négritude et homme politique, ou encore de Ahmadou Ahidjo au Cameroun, où la France est responsable d'une décolonisation extrêmement violente.
Un livre à mettre entre toutes les mains pour comprendre les enjeux actuels du continent africain et la responsabilité des pays colonisateurs. -
Le lendemain de la rafle du Vel d'Hiv., le 17 juillet 1942, alors qu'il allait rentrer dans l'épicerie familiale, Robert Birenbaum, jeune Français juif de bientôt 16 ans (ses parents sont Français comme lui, bien que nés en Pologne) rencontre sa tante Dora, avenue Secrétan. C'est lui qui raconte : « Elle était jeune, trente-deux ou trente-trois ans, et très belle ; c'était ma tante préférée. Elle me raconta pourquoi mon oncle avait été arrêté et mis en prison. Il était résistant. Sur sa lancée, elle me demanda si elle pouvait avoir confiance en moi. Si je le voulais, elle pouvait me faire entrer en contact avec des jeunes juifs communistes, des résistants. Mais ce devrait être un secret entre nous deux. Jamais je ne devais dire à mes parents qu'elle avait été mon instigatrice. J'acceptais sans hésiter. Elle me fit comprendre en très peu de phrases qu'il était toujours préférable de se battre, de vivre debout et dans la dignité, et de ne pas se coucher devant l'ennemi. Elle avait comme son mari un poste de responsable au sein du MOI (Mouvement Ouvrier Immigré) et me donna tout de suite un rendez-vous avec un camarade de la Jeunesse communiste. C'est ainsi que j'entrai dans la Résistance, le 17 juillet 1942. » Le 18 juin 2023, le même Robert Birenbaum reçoit - enfin - des mains du Président Emmanuel Macron, la Légion d'honneur au Mont Valérien, après s'être recueilli dans la clairière où reposent nombre de ses camarades de résistance. 81 ans après avoir pris sans s'en rendre compte la décision la plus importante de sa vie... Le 21 février 2024, le couple Manouchian sera rapatrié au Panthéon. Les Manouchian, c'est l'Affiche rouge du nom de l'affiche placardée dans tout le pays par les nazis qui recherchaient ces résistants. Arrêtés, les 22 hommes membres de l'Affiche Rouge, ces Francs-Tireurs Partisans de la MOI, seront fusillés le 21 février 1944 au Mont-Valérien. Olga Bancic, seule femme du groupe, sera décapitée le 10 mai 1944 à Stuttgart. Robert Birenbaum, malgré son très jeune âge, fit partie de 1942 à 1944 (sous le pseudo de « Guy ») de ceux qui recrutaient justement ces résistants FTP MOI. Triste ironie de l'Histoire, il devait intégrer ces FTP lorsque les membres de l'Affiche rouge furent pris. Son livre raconte à la première personne ses deux années incroyables au cours desquelles, avec d'autres jeunes gens, français et étrangers, juifs, communistes, parfois de simples adolescents comme lui, ils tinrent en respect collabos et nazis dans Paris et ses alentours. Lancers de tracts, vols d'armes, de machines à écrire, planques, attentats, sabotages et arrestations... Un récit palpitant qu'il délivre enfin à 97 ans.Raconter. Encore et encore.Pour que personne n'oublie jamais...
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Le mystère Lindbergh : un aviateur dans la tourmente
Benoît Heimermann
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- La Bleue
- 16 Mars 2022
- 9782234092259
De Charles Lindbergh (1902-1974), on connaît l'exploit aérien, les 33 heures d'audace qui lui ont permis de relier New York et Paris, en 1927, aux commandes d'un engin improbable. Son accueil grandiose, sa notoriété instantanée, la reconnaissance planétaire. Sa redescente sur terre sera plus périlleuse, de l'assassinat de son fils à ses choix politiques hasardeux, ses partis-pris indéfendables et même, par-delà sa mort, ses innombrables femmes illégitimes et enfants adultérins.
Le mystère réside dans cette bascule, ce revirement qui s'opéra en France, sur les côtes du Trégor breton, où le vainqueur de l'Atlantique posséda un temps une île et où il fréquenta assidument Alexis Carrel certes chirurgien d'exception mais aussi promoteur convaincu des théories eugénistes.
Au terme d'une enquête au long cours menée à partir de cette rencontre improbable - de ses conséquences funestes et de ses regrets éventuels -, Benoît Heimermann s'est évertué à comprendre les raisons de cet étonnant changement de cap et ce qui, d'une manière plus générale, commande l'aiguillage...
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Les hommes aussi s'en souviennent ; une loi pour l'histoire
Simone Veil
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- 29 Octobre 2004
- 9782234057203
Le 26 novembre 1974, Simone Veil, ministre de la Santé au gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing, présente son projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse devant l'Assemblée nationale. Modifier profondément la loi répressive de 1920 est urgent : chaque année, entre 300 000 et 500 000 femmes ont alors recours à l'avortement clandestin ou se rendent à l'étranger pour se faire avorter, tandis que des médecins de plus en plus nombreux font part publiquement de leur pratique des IVG en toute illégalité.
Ce discours et les débats qui l'ont suivi révèlent à la France entière une femme courageuse et déterminée, défendant à la fois la dignité de la femme et l'intérêt de la Nation, face à des parlementaires déchaînés.
Personne n'a oublié ce discours. Beaucoup considèrent cette loi comme le fait le plus marquant du septennat Giscard.Trente ans plus tard, Simone Veil a enfin accepté de voir publier son discours de novembre 1974. Il est suivi d'un long entretien avec Annick Cojean, journaliste au Monde. Simone Veil revient ainsi sur ces débats. On comprend pourquoi la publication de ce texte est aujourd'hui plus que nécessaire. Aujourd'hui où certains tentent de remettre en cause cette loi au nom de conceptions religieuses contraires aux fondements de l'État républicain. -
« Fin mai 2022, j'ai acheté, dans un magasin parisien spécialisé dans les randonnées en montagne, un lit de camp, un sac de couchage et une lampe torche. Le lendemain, j'ai installé mon équipement d'alpiniste sur le sol froid du musée de l'Acropole à Athènes pour y passer une nuit de lune décroissante, entièrement seule.
Comment arriverez-vous à dormir avec tous ces yeux de marbre qui vous fixent ? m'avait-on prévenue. Mais c'est une nuit dans un musée vide que je m'apprêtais à passer devant l'Acropole. À Athènes, il ne reste que des miettes : un pied de déesse, la main de Zeus, la tête d'un cheval. Nous avons tous dérobé quelque chose à la Grèce : ses idées, à partir desquelles nous avons forgé nos racines occidentales. Les marbres du Parthénon, arrachés à la pioche et envoyés en Angleterre par Lord Elgin au début du XIXe siècle. Dans ce vol collectif, je ne suis qu'un imposteur parmi d'autres : je ne suis pas grecque, je ne parle pas le grec moderne, et pourtant j'ai bâti ma vie et mon écriture sur ce vol.
Ce soir, ce privilège sans précédent dans l'histoire du musée m'a pourtant été accordé, à moi, qui n'ai ni Homère ni Platon dans mon sac, mais la biographie de Lord Elgin. »A. M.
Traduit de l'italien par Béatrice Robert-Boissier -
Que reste-t-il d'un pays disparu depuis plus de vingt-cinq ans et dont l'effacement est toujours un enjeu social et politique ? Sur les tables des videgreniers, par terre dans les hangars ou dans les entreprises délaissées, la République Démocratique Allemande (RDA, 1949-1990) est aujourd'hui un pays à la brocante, un pays à l'horizontal.
Ce livre invite à un voyage sur les traces de ce pays disparu. Dans les usines ou les écoles à l'abandon, il arrive que l'on récupère des dossiers individuels, des empreintes des vies de l'époque. Les traces ce sont aussi les milliards d'objets du temps du socialisme qui ont connu de nouveaux destins depuis la chute du Mur. L'enquête suivra ceux qui célèbrent, aujourd'hui, le souvenir de la RDA, et ceux qui veulent la faire revivre un peu.
À travers tous ces chemins, à travers la pratique de l'exploration urbaine (Urbex), l'historien raconte les expériences sensorielles et personnelles de ces troublantes rencontres avec un monde disparu, toujours porté par ceux qui l'ont vécu, proposant ainsi une ample réflexion sur les traces et la mémoire.
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C'est l'histoire vraie d'une extraordinaire évasion. Durant l'été 1962, un groupe d'étudiants creuse un tunnel de 135 mètres de long sous le mur de Berlin. De l'autre côté, à Berlin-Est, des dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants risquent leur vie pour s'échapper.
Mais comment creuse-t-on un tunnel dans le pays le plus étroitement surveillé du monde, sans pouvoir utiliser des engins bruyants ni acheter des outils faute d'argent ? Comment s'éclairer, comment respirer quand l'air se raréfie ou éviter de mourir noyé en heurtant une canalisation ? Et si, malgré tous ces obstacles, on réussit à atteindre le but, que faire si la police secrète attend au bout du tunnel ? S'appuyant sur des centaines d'heures d'entretiens avec des survivants et des milliers de pages d'archives de la Stasi, la journaliste Helena Merriman retrace l'aventure de Joachim Rudolph, l'étudiant à l'origine de ce projet fou. Avec un formidable sens du récit, elle restitue l'odeur de l'argile, le poids de la terre, les bruits des passants au-dessus de sa tête, la peur constante d'être écouté par la Stasi, et l'étrange accord passé avec la télévision américaine, qui filme la tentative d'évasion au risque d'une explosion géopolitique.
Par-dessus tout, Tunnel 29 raconte l'histoire d'une liberté volée, et du combat acharné pour la retrouver. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Jacqueline Odin -
Une terre doublement promise : Israël-Palestine : Un siècle de conflit
Pierre Haski
- Stock
- Les Essais Stock
- 24 Janvier 2024
- 9782234097087
« Le massacre du 7 octobre dans le sud d'Israël, commis par des terroristes venus de la bande de Gaza, a ouvert une crise majeure, historique, aux répercussions mondiales. La guerre israélienne contre le Hamas n'en est qu'un des aspects.
Mais l'histoire n'a pas commencé le 7 octobre. Cet événement tragique s'inscrit dans un contexte et une histoire qui se brouillent dans le flot d'informations et d'émotions générées par la guerre.
Ce livre se propose de revenir sur le temps long de l'histoire, en se basant sur une expérience de quatre décennies. J'ai fait mon premier reportage dans cette région en 1982, à Gaza justement, où j'ai suivi les funérailles du président égyptien assassiné Sadate à la télévision égyptienne, dans la maison du représentant officieux de Yasser Arafat... J'ai été correspondant de Libération à Jérusalem au moment de la seule tentative de paix israélo-palestinienne du dernier siècle, les accords d'Oslo de 1993, symbolisés par la poignée de mains Rabin-Arafat. J'ai suivi et documenté chaque étape de cette histoire chaotique, jalonnée de moments dramatiques - le massacre d'Hébron, l'assassinat de Rabin, etc - et d'autres périodes d'espoirs vite déçus.
Le livre puisera à la fois dans ces quatre décennies d'archives qui sont autant de témoignages sur le vif, dans un retour sur le terrain à Hebron avec un texte inédit, et dans une analyse détaillée et fouillée de la crise ouverte le 7 octobre, un tournant dans cette histoire pourtant chargée, dont on ressent les impacts jusqu'au coeur de la société française. Les photos du photographe libanais Fouad Elkhoury, qui m'a accompagné à des moments importants dans les territoires palestiniens, enrichiront cet ouvrage. »
Pierre Haski -
Françoise Sagan, en 1954, est une jeune fille de dix-huit ans comme les autres, ou presque. Issue du quartier chic de la plaine Monceau, la mèche en désordre, Françoise sort, s'amuse, dîne chez Lipp avec son amie Florence Malraux, mais elle écrit, et avec quelle justesse. Le 15 mars 1954, l'éditeur René Julliard, alors patron de la maison « à la mode » publie le premier roman de Françoise Quoirez, dite Sagan, « Bonjour Tristesse », et tout change. Françoise devient riche et célèbre, noctambule et légendaire, culte et pourchassée. De Paulhan à Mauriac, de Blanchot à Bataille, les messieurs se penchent sur ce cas d'étonnante précocité, et nous échappe peut-être la portée universelle, la douleur de ces mots : « Je n'étais pas à l'âge où la fidélité séduit. Je connaissais peu de choses de l'amour : des rendez-vous, des baisers et des lassitudes ».
Nous sommes en 2014. Romancière et femme qui sort d'un terrible chagrin d'amour, Anne Berest se revêt « de la vie de Françoise pour oublier la sienne », et tisse sa jeune vie enlacée à celle de son aînée. Roman vrai, biographie ou autofiction ? Les trois à la fois, et en tout cas une superbe réussite. Et surtout comment, dans le miroir que vous tend le passé, le mythe Sagan rencontre l'éternelle jeunesse.
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La femme au temps des Cathédrales.
La femme a-t-elle toujours été cette perpétuelle mineure qu'elle fut au xixe siècle ? A-t-elle toujours été écartée de la vie politique comme elle le fut dans la France de Louis xiv ? N'a-t-elle jamais eu plus d'indépendance économique que celle que lui concédait l'autorisation maritale ?
Régine Pernoud, avec son expérience de médiéviste et de quelque trente années de vie d'archiviste, s'est attachée depuis longtemps à l'étude de ces questions. Ses ouvrages consacrés à Héloïse, à Aliénor d'Aquitaine, à la Reine Blanche y donnaient partiellement réponse. Pour en finir avec le Moyen Age contenait, sur le statut de la femme, un raccourci qui a frappé bien des lecteurs et attiré l'attention des critiques, leur faisant souhaiter plus long développement sur le sujet.
C'est ce développement qu'on trouvera dans La femme au temps des Cathédrales : on y apprendra que le plus ancien traité d'éducation est dû en France à une femme, que la médecine était exercée couramment par des femmes au xiiie siècle, qu'au xiie siècle l'Ordre de Fontevraud réunissait aussi bien les moines que les moniales sous l'autorité d'une abbesse. Sait-on qu'aux temps féodaux, les filles étaient majeures à 12 ans, deux ans avant les garçons ? Et sait-on que ce n'est qu'au xviie siècle que la femme a du prendre obligatoirement le nom de son époux ?
Etude systématique menée à travers une multitude d'exemples concrets, elle ne laisse échapper aucun aspect des activités féminines au cours de la période féodale et médiévale : administration des biens, métiers et commerce ; domaine de la pensée, de la littérature, de la politique même ; femmes écrivains, éducatrices, suzeraines, celles qui animèrent les cours d'amour et celles qui ont inspiré les romans de chevalerie.
Plus encore, l'auteur, puisant aussi bien dans l'histoire du droit que dans celle des événements et des faits sociaux, dessine ce qui n'avait pas encore été tenté, un schéma de l'évolution du pouvoir de la femme : depuis les origines - les libertés et l'autonomie par elle conquises - la période d'apogée, puis le déclin sous diverses influences - celle de l'Université notamment - jusqu'au moment où en 1593 un édit du Parlement de Paris lui interdit toute fonction dans l'Etat.
Beaucoup d'autres traits de société sont ainsi à découvrir dans l'étude de Régine Pernoud, très approfondie, mais comme toujours alerte et d'une lecture captivante. Un maître-livre, hors duquel désormais toute vision de la question ici abordée restera incomplète. -
Les clés retrouvées ; une enfance juive à Constantine
Benjamin Stora
- Stock
- Un Ordre D'idees
- 18 Mars 2015
- 9782234074736
Lorsque la mère de Benjamin Stora est décédée en 2000, il a découvert, au fond du tiroir de sa table de nuit, les clés de leur appartement de Constantine, quitté en 1962. Ces clés retrouvées ouvrent aussi les portes de la mémoire.
La guerre est un bruit de fond qui s'amplifie soudain. Quand, en août 1955, des soldats installent une mitrailleuse dans la chambre du petit Stora pour tirer sur des Algériens qui s'enfuient en contrebas, il a quatre ans et demi et ne comprend pas. Quelques années plus tard, quand ses parents parlent à voix basse, il entend les craintes et l'idée du départ. Mais ses souvenirs sont aussi joyeux, visuels, colorés, sensuels. Il raconte la douceur du hammam au milieu des femmes, les départs à la plage en été, le cinéma du quartier où passaient les westerns américains, la saveur des plats et le bonheur des fêtes.
Ces scènes, ces images révèlent les relations entre les différentes communautés, à la fois proches et séparées. Entre l'arabe quotidien de la mère et le français du père, la blonde institutrice de l'école publique et les rabbins de l'école talmudique, la clameur des rues juives et l'attirante modernité du quartier européen, une histoire se lit dans l'épaisseur du vécu.
Benjamin Stora a écrit là son livre le plus intime. À travers le regard d'un enfant devenu historien, il restitue avec émotion un monde perdu, celui des juifs d'Algérie, fous de la République et épris d'Orient. -
Les troix exils ; juifs d'algérie
Benjamin Stora
- Stock
- Un Ordre D'idees
- 13 Septembre 2006
- 9782234058637
L'idée de ce livre est née un matin de novembre 2004, quand Benjamin Stora, accompagné de son fils, s'est rendu pour la première fois à Khenchela, petite ville de l'est algérien d'où vient sa famille paternelle. Voyageant entre mémoire et histoire, quête personnelle et enquête historique, sources privées et archives inexplorées, il reconstitue les trois exils qui ont marqué le destin des Juifs d'Algérie. En moins d'un siècle en effet, ils sont sortis par trois fois de ce qui était jusque-là leur univers familier. Il se sont éloignés de la vie juive en terre d'islam quand le décret Crémieux de 1870, faisant d'eux des citoyens français, les a mis sur la voie de l'assimilation. Ils ont été rejetés hors de la communauté française de 1940 à 1943 avec les lois de Vichy. Et ils ont quitté les rives algériennes avec l'exode de 1962. A travers cet essai historique sensible et rigoureux, enrichi de documents inédits, on découvre l'originalité de ce judaïsme algérien à la fois passionnément attaché à la République française et profondément pétri de traditions religieuses, mais aussi la complexité et les ambiguïtés des relations entre Juifs et Musulmans.
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« Ces monuments familiers qui dominent la plupart des grandes villes de France recèlent des mystères profonds, des histoires immémoriales effacées des mémoires, des sagas fabuleuses dont les visiteurs n'ont pas idée. Les cathédrales et les abbatiales, sont connues de tous mais personne ne les connaît vraiment. Au fil des concerts, je les ai presque toutes explorées, avec l'aide des érudits locaux, toujours prévenants, toujours passionnants. Le rock mène à tout, même au savoir mystique. Ce tour de France de l'énigme, ce pèlerinage agnostique mais fascinant, cette promenade aux frontières de l'esprit, je vous propose de les faire avec moi.
Comme moi, vous connaissez Chartres, Notre-Dame-de-Paris, Rouen, Strasbourg, Reims ou l'Abbaye du Mont-Saint-Michel. Mais comme moi avant cette pérégrination de musique et de mystique, vous n'en savez pas tout, loin de là. Je vous invite à me suivre là où la Raison devient hésitante, là où se trouve, au coeur du vieux pays, un pays inconnu, là où le rêve montre une réalité nouvelle, là où dorment au vu de tous, sans qu'on le sache, « les choses derrière les choses ». » Depuis son enfance Laurent Voulzy est passionné par le Moyen Âge. Et depuis quelques années il sillonne la France pour se produire en concert avec un immense succès dans les cathédrales et les abbatiales. Pour l'aider dans l'écriture de ce livre il a entraîné dans ce tour de la France des lieux sacrés son ami Laurent Joffrin. -
Tran To Nga raconte ici son étonnant destin franco-vietnamien, une vie de combats et d'utopies. Issue d'une famille d'intellectuels, elle grandit au temps de l'Indochine française et vit au plus près la lutte pour l'indépendance.Après de brillantes études à Saigon puis à Hanoi, elle s'engage dans le mouvement de libération du Sud-Vietnam contre la présence américaine. Dans les années 1960, alors que la violence fait rage, elle s'active au coeur de la jungle, dans les camps de maquisards. Son destin bascule quand les avions de l'US Army larguent d'énormes quantités de désherbant sur ces forêts. Ce produit, surnommé « agent orange », a des effets dévastateurs : les arbres meurent, les sols sont pollués, des centaines de milliers de personnes contaminées. Nga, elle-même atteinte par ces nuages toxiques, découvrira, des années plus tard, les ravages qu'ils peuvent provoquer.
Aujourd'hui, elle vient en aide aux victimes oubliées de l'agent orange et poursuit devant la justice française vingt-six sociétés américaines de pétrochimie l'ayant fabriqué.
Dans ce livre, écrit avec Philippe Broussard, l'auteur retrace le parcours qui l'a conduite également à connaître la clandestinité, la torture et la prison. Son récit de la guerre du Vietnam et de ses conséquences offre une vision inédite du conflit, dénuée de haine, touchante d'humanité, d'amour maternel et de courage. -
"Ce livre est une invitation au voyage dans un étrange pays sans frontières, une terra incognita, un territoire où vit la moitié de l'humanité. On a dit que c'était un continent noir. Je pense, au contraire, qu'il est habité par la lumière et bruisse de toutes les voix qui, vivantes aujourd'hui ou venues du passé le plus lointain, ont construit notre histoire. Ce livre est un dictionnaire, donc une manière "d'entrer" à sa guise dans ce vagabondage où des femmes très célèbres cohabitent avec des anonymes.
Il est "intime", car il est aussi, à mon insu, une sorte d'autobiographie. Dire qui l'on admire est inévitablement une forme de confession. Mon seul désir est de faire connaître ou reconnaître ces femmes, tant elles sont pour moi des exemples qui nous donnent courage, énergie, espoir", Laure Adler. -
Winston ; comment un seul homme a fait l'histoire
Boris Johnson
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- 2 Septembre 2015
- 9782234079663
« Profondément intelligent...Ce livre est saisissant. » The Times « L'énergie de Churchill - son inlassable recherche d'enthousiasme, de gloire et de pouvoir - demandait un écrivain aussi pétillant et passionnant pour rendre justice à son histoire. Johnson est cet écrivain. » The Mail on Sunday « Une performance de haut vol... Johnson n'a pas seulement célébré Churchill dans ce livre, il l'a égalé avec un panache incomparable. » Financial Times « Captivant... Boris est un écrivain superbe, accessible, avec une touche de bonne humeur. » The Independent « Aussi divertissant qu'édifiant sur les accomplissements d'un grand homme. » The Daily Telegraph « Didactique mais jamais pédant, rythmé mais jamais superfi ciel... Pas une fois l'immense travail de recherche ne pèse sur la lecture. » Daily Express
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2002, le millénaire commence dans l'incertitude et la peur, entre univers planétaire et replis identitaires. En ces temps de globalisation économique et de désarroi idéologique, on oublie un peu vite que la découverte du monde, la circulation de la marchandise et la multiplication des échanges ne datent pas d'aujourd'hui. Et l'on confond volontiers mondialisation et uniformisation.
Comme s'il y avait d'un côté le Moloch de la World Culture écrasant la diversité des peuples et de l'autre la résistance vaillante des identités closes. Contre cette vision simpliste, dangereuse et oublieuse, Edwy Plenel rappelle que la rencontre des hommes et des cultures, souvent inégale, voire brutale, est aussi un moment d'ouverture et une source d'invention.
1492, aube des temps modernes et début de l'ère planétaire ; Christophe Colomb voguait vers les Amériques. 1992, aube de l'Europe du marché unique, dans le grand remue-ménage du marché mondial ; à l'occasion du cinquième centenaire de la découverte, Edwy Plenel est parti sur les traces du Grand Amiral de la mer océane.
De l'Europe aux côtes africaines, des Caraïbes à l'Amérique centrale, des ruelles de Gênes à la côte des Moustiques, il a visité toutes les terres croisées par le navigateur durant sa vie aventureuse. Une chronique hybride à l'instar de son héros, européen avant l'heure, homme de transition entre Moyen Âge et Renaissance, découvreur de paradis et convoyeur d'esclaves, fervent catholique mais peut-être juif, homme de paix et fauteur de guerres. -
L'Occident décroché ; enquête sur les post-colonialisme
Jean-Loup Amselle
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- Un Ordre D'idees
- 23 Janvier 2008
- 9782234060425
De la critique postcoloniale, on retient surtout la remise en cause de l'universalité de la raison occidentale et celle de la prétention européenne à exporter les Lumières, la démocratie et les droits de l'Homme. Pour Jean-Loup Amselle, cette opposition entre l'Ouest et le reste est simplificatrice : elle ignore les connections et les interférences réciproques, ne prend pas en compte des philosophies ou des pensées concurrentes de la pensée occidentale élaborées en Europe et, enfin, méconnaît les réflexions et les controverses venues Afrique, d'Asie et d'Amérique du Centre ou du Sud.
Pour y voir clair, il a donc entrepris une vaste enquête à travers continents et théories, auteurs et institutions. Du renouveau d'une certaine pensée juive dans le sillage de Benny Lévy à l'indigénisation du mouvement zapatiste, en passant par la défense des savoirs endogènes africains ou l'affirmation d'une temporalité indienne spécifique, il analyse les divers « décrochages » par rapport à l'Occident et les dangers que ceux-ci recèlent quand ils mettent en avant les principes essentialistes de cultures et de races. Chemin faisant, il revient aussi sur la figure tutélaire de Gramsci pour montrer combien l'hommage rituel dont celui-ci fait l'objet dans les études postcoloniales repose sur un usage infidèle de sa pensée.
Ce vaste parcours, solidement documenté et argumenté, nous ramène finalement dans la France d'aujourd'hui où le postcolonialisme arrive tardivement, au moment où la crise des deux modèles d'intelligibilité de la société, celui de la lutte des classes et celui de la République, favorise l'ethnicisation des rapports sociaux. -
A feu et à sang : De la guerre civile européenne 1914-1945
Enzo Traverso
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- 24 Janvier 2007
- 9782234059184
La première moitié du XXe siècle fut une époque de guerres, de destructions et de révolutions qui mirent l'Europe à feu et à sang. De l'explosion du vieux monde en 1914 au nouvel équilibre instauré en 1945, le continent connut des temps de catastrophe et de chaos.
Pour Enzo Traverso, la notion de « guerre civile européenne » permet de rendre compte de cette terrible combinaison de guerre totale sans front ni limites, de guerres civiles locales et de génocides, qui vit aussi l'affrontement de visions opposées du monde. Dans une ample perspective solidement documentée, il en brosse les principaux traits : le mélange de violence archaïque, de violence administrative froide et de technologie moderne pour anéantir l'ennemi, la brutalisation de populations jetées dans l'exode ou l'exil, le déchaînement émotionnel des conflits entre civils au sein de sociétés déchirées (URSS 1917-1923, Espagne 1936-1939, Résistance 1939-1945) ou encore l'irruption de la peur et l'effroi de la mort dans l'esprit des hommes. Restituant également leur place aux protagonistes engagés, il analyse les positions de ces intellectuels de l'entre-deux guerres qui, à partir d'un égal rejet du monde en l'état, optèrent de façon opposée pour le communisme (tels Gramsci ou Benjamin) ou pour la révolution conservatrice (tels Jünger ou Schmitt). Il revient de même sur le combat des militants et résistants antifascistes, sans pour autant esquiver la question des liens avec le stalinisme ou celle de l'aveuglement face au génocide.
Ce livre s'inscrit ainsi contre une relecture de cette période de l'histoire qui, sous couvert d'une critique des horreurs du totalitarisme, tend à rejeter les acteurs, fascistes ou antifascistes, dans le purgatoire indistinct des idéologies, comme si, derrière les victimes, aujourd'hui célébrées, tous les chats du passé étaient gris. -
Il y a des mots voyageurs extraordinairement révélateurs, c'est le cas du paria. On le croit originaire d'Inde, il y est arrivé au XVIe siècle dans le vocabulaire des militaires, des missionnaires et des savants pour désigner indistinctement castes inférieures et hors castes. Il en revient deux siècles plus tard et se répand largement dans les espaces politiques et littéraires européens. Pour les philosophes des Lumières, les hiérarchies lointaines offrent un détour opportun pour fustiger les tyrannies d'ici. Le discours sur l'autre est un discours sur soi de cet Occident qui, dans un même mouvement, s'émancipe et se distingue. Mais l'émancipation ne valant pas également pour tous, le paria ressurgit comme le laissé pour compte des droits humains récemment proclamés au moment où l'on débat de l'esclavage, du sort des « hommes de couleur libres », du statut des Juifs ou de celui des femmes. Dans les discours et combats politiques, il représente tour à tour les femmes, le peuple, les prolétaires... Théâtre et littérature en propagent la représentation, il prend aussi les traits du poète ou de l'artiste maudit dont la marginalité est idéalisée. La culture romantique exalte sa sensibilité, le paria est ainsi grandi d'être proscrit, sans être libéré pour autant.
Avec érudition et brio, passant de la littérature aux discours politiques et aux constructions théoriques (chez Max Weber, Georg Simmel ou Hannah Arendt notamment), Eleni Varikas retrace ces métamorphoses et suit ces figures qui, d'hier à aujourd'hui, disent les meurtrissures de tous les « rebuts du monde ». Chemin faisant, elle rappelle l'exigence toujours actuelle de ces parias rebelles qui se sont obstinés à réclamer l'admission au rang de l'humanité de chaque individu particulier. -
Le village de Lodi, à une centaine de kilomètres au sud-ouest d'Alger, près de Médéa, porte le nom prestigieux du pont italien qui a permis aux troupes de Napoléon d'entrer victorieuses à Milan.
Il incarne aussi un épisode occulté de l'histoire.
C'est là, pendant la guerre d'Algérie, que des centaines de pieds-noirs, sympathisants de l'indépendance, ont été enfermés de façon arbitraire. Des années durant, ils ont croupi dans des baraques délabrées, entourées de barbelés, inspectées jour et nuit par une armée de gendarmes mobiles, loin des regards indiscrets et des grandes villes. Sans avoir été jugés ni même inculpés. Sur simple arrêté préfectoral, la « lettre de cachet » des années noires du conflit algérien.
Parmi la dizaine de « centres d'hébergement », qui sont nés après l'insurrection du 1er novembre 1954, Lodi occupe une place à part. C'est le camp des Français, le camp des pieds-noirs. Là se sont croisés des médecins, des architectes, des cheminots, des gaziers, des électriciens, des résistants de la Seconde Guerre mondiale, des anciens internés de Dachau... Mais aussi Albert Smadja, l'avocat de Fernand Iveton, seul Français du conflit guillotiné pour avoir tenté de faire sauter une bombe ; Georges Hadjadj, le dernier compagnon de cellule du professeur de mathématiques Maurice Audin, qui a « disparu » après une ultime séance de gégène ; ou encore Henri Alleg, l'auteur de La Question, arrivé à l'été 1957, après avoir été torturé des jours durant par les parachutistes. Et beaucoup d'autres encore.
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La France d'hier ; récit d'un monde adolescent
Jean-Pierre Le Goff
- Stock
- 7 Février 2018
- 9782234081956
"Mai 68 peut apparaître comme la préhistoire pour les générations dites X, Y, ou Z... Mais que savent-elles au juste des conditions dans lesquelles a vécu ma génération, de sa jeunesse et de son passage à l'âge adulte ? Ce livre voudrait faire comprendre "de l'intérieur" la vie d'un jeune dans les années 1950 et 1960. Parce que l'adolescence est la plaque sensible du basculement dans le nouveau monde, "crise de l'adolescence" et "crise de la modernité" se font écho : elles révèlent un malaise symptomatique des difficultés du pays à s'engager dans une nouvelle étape de son histoire", Jean-Pierre Le Goff.
Jean-Pierre Le Goff a retenu tout ce qu'il a observé dans les comportements familiaux et sociaux, le catéchisme et les enterrements, les débuts de la grande consommation et des loisirs de masse, le livre de poche, le cinéma, la publicité, les lumières de la ville, le quotidien des femmes, le yéyé... Cinquante ans après Mai 68, pour éviter les contresens et les récupérations, rien de plus nécessaire que ce récit émouvant et drôle qui constitue un document ethnologique hors du commun éclairant le passé et le présent.
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« En 1974 la guerre est entrée dans ma vie. Elle m'a poussé d'un coup vers un rebord de moi-même que je n'aurais peut-être jamais découvert si mon père avait été simplement français. ».
En 1974, la plus orientale des îles méditerranéennes est violemment déchirée. Chypre, envahie par la Turquie, est partagée en deux territoires. Le père de l'auteure, l'aîné des Makariou, ne s'en relèvera pas. Comment réparer une telle blessure ?
Historienne d'art, spécialiste d'art islamique, Sophie Makariou a voué sa vie à ce que son histoire familiale lui semblait lui donner pour ennemi : « la Turquie », et au-delà l'Orient et l'Islam. Elle fait oeuvre de mémoire pour comprendre, s'attache à connaitre pour réparer.
Ce récit, écrasé de soleil et teinté de sang, tisse et détisse, dans l'amour et l'inquiétude, un « monstrueux accroc », une identité déchirée comme l'a été Chypre. Entrecroisant les parfums et les sons sur la trame de l'histoire, l'auteure observe, dans ces pays aimés plus que tous autres - du Liban à la Syrie, en passant par la Turquie -, comment cette partie du monde que l'on nomme l'Orient est au coeur des convulsions de ce siècle.
« Le pire du cataclysme est encore à venir. Je sais de la même façon qu'il y a quarante-six ans que la table de l'histoire est en train de se renverser. »